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Note d'intention
Mes
personnages sont des ombres. On ne peut jamais tout savoir, comme on ne
saura jamais tout sur qui que ce soit. Katrin est habitée par une
violence sourde, issue de souvenirs dont elle ne prend jamais totalement
conscience.
Tous les personnages sont "déterritorialisés".
Dislocation et malaise permanent sont les sentiments collectifs.
Je veux enregistrer ces corps périphériques à la
surface, ce que je veux, c’est leur peau.
Formellement, je fais exactement la même chose: les événements
sont suspendus plutôt que matérialisés. Ce qui m’intéresse,
c’est ce que l’on ne voit pas.
Je refuse toute psychologie. Je veux parler d'absence. Le défi
est comment maintenir en vie des personnages sans psychologie, étant
donné qu’en termes de fiction ils vivent exactement de cela;
il s'agit de jouer sur les limites.
Je souhaite réduire la représentation à un niveau
épidermique et travailler la surface comme un atlas des cartes
intérieures convulsives des personnages. En un mot : atteindre
le silence.
Pendant les recherches que j’ai menées avec certains de ces
adolescents une idée a pris la fin n’existe pas, tout est
fragmenté, et ma (notre) tâche est de construire et reconstruire
continuellement, tout en sachant que la perte est inévitable.
La mort psychologique est mise en scène ici en tant que portrait
possible de mon monde et de ma propre génération.
Ces sentiments envahissent et infectent le film: comme une sensation que
la plénitude, l' amour ne sont pas attaignables.
Une
action amorcée, suspendue, puis oubliée… telle une
catastrophe muette, irréversible, qui se développe lentement.
Comme une maladie qui voyage et dont le déplacement pathologique
devient le seul objet du film.
Filmer ce voyage implique un temps d'observation, un temps suspendu.
"Ce
n'est pas fini."
Hugo
Vieira da Silva |